Petits poèmes en prose de Baudelaire

Publié le par poet24

Quelle meilleure présentation que l'un d'eux??

Le joujou du pauvre

"Je veux donner l'idée d'un divertissement innocent. Il y a si peu d'amusements qui ne soient pas coupables !

Quand vous sortirez le matin avec l'intention décidée de flâner sur les grandes routes, remplissez vos poches de petites inventions à un sol, - telles que le polichinelle plat mû par un seul fil, les forgerons qui battent l'enclume, le cavalier et son cheval dont la queue est un sifflet, - et le long des cabarets, au pied des arbres, faites-en hommage aux enfants inconnus et pauvres que vous rencontrerez. Vous verrez leurs yeux s'agrandir démesurément. D'abord ils n'oseront pas prendre ; ils douteront de leur bonheur. Puis leurs mains agripperont vivement le cadeau, et ils s'enfuiront comme font les chats qui vont manger loin de vous le morceau que vous leur avez donné, ayant appris à se défier de l'homme.

Sur une route, derrière la grille d'un vaste jardin, au bout duquel apparaissait la blancheur d'un joli château frappé par le soleil, se tenait un enfant beau et frais, habillé de ces vêtements de campagne si pleins de coquetterie.

Le luxe, l'insouciance et le spectacle habituel de la richesse, rendent ces enfants-là si jolis, qu'on les croirait faits d'une autre pâte que les enfants de la médiocrité ou de la pauvreté.

A côté de lui, gisait sur l'herbe un joujou splendide, aussi frais que son maître, verni, doré, vêtu d'une robe pourpre, et couvert de plumets et de verroteries. Mais l'enfant ne s'occupait pas de son joujou préféré, et voici ce qu'il regardait :

 De l'autre côté de la grille, sur la route, entre les chardons et les orties, il y avait un autre enfant, sale, chétif, fuligineux, un de ces marmots-parias dont un œil impartial découvrirait la beauté, si, comme l'œil du connaisseur devine une peinture idéale sous un vernis de carrossier, il le nettoyait de la répugnante patine de la misère.

 A travers ces barreaux symboliques séparant deux mondes, la grande route et le château, l'enfant pauvre montrait à l'enfant riche son propre joujou, que celui-ci examinait avidement comme un objet rare et inconnu. Or, ce joujou, que le petit souillon agaçait, agitait et secouait dans une boîte grillée, c'était un rat vivant ! Les parents, par économie sans doute, avaient tiré le joujou de la vie elle-même.

 Et les deux enfants se riaient l'un à l'autre fraternellement, avec des dents d'une égale blancheur."


Mon avis

Ces petits poèmes en proses de Baudelaire sont un pur bonheur. Etudiés au lycée, j'en ai gardé un très bon souvenir celui-ci étant un de mes préférés!!! à lire et relire sans modération!!!

Publié dans Poésie

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LaraC 16/01/2010 22:23


Merci pour ce texte que je ne connaissais pas!Y a pas à dire, cet homme était brillant... la plupart de ses textes sont très forts. Il y a un poème tiré des fleurs du mal qui m'avait beaucoup
marqué à l'époque du lycée : l'ennemi qui m'inspire beaucoup d'espoir et de nostalgie à la fois.
Allez, pour le plaisir:
Ma jeunesse ne fut qu’un ténébreux orage,
Traversé çà et là par de brillants soleils ;
Le tonnerre et la pluie ont fait un tel ravage,
Qu’il reste en mon jardin bien peu de fruits vermeils.

Voilà que j’ai touché l’automne des idées,
Et qu’il faut employer la pelle et les râteaux
Pour rassembler à neuf les terres inondées,
Où l’eau creuse des trous grands comme des tombeaux.

Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve
Trouveront dans ce sol lavé comme une grève
Le mystique aliment qui ferait leur vigueur ?

— Ô douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie,
Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur
Du sang que nous perdons croît et se fortifie !


poet24 17/01/2010 07:37


il est magnifique celui là aussi je connais moins les fleurs du mal. Je pensais que ce poème te rappellerait des souvenirs mais c vrai que tu n'es arrivée qu'à la term et c en première qu'on a
étudié ce livre ...


Véro. 16/01/2010 18:39


Tiens, tiens, jamais lu mais désormais noté !


pina 16/01/2010 18:34


à lire sans modération gros bisous


Marie L. 16/01/2010 16:24


C'est banal mais comme beaucoup, j'adore Baudelaire.
Je ne connais pas aussi bien les poèmes en prose que 'Les fleurs du mal', mais dès que je défais mes cartons, je m'y replonge!


Leiloona 16/01/2010 11:57


Entièrement de ton avis : à relire sans modération !